Compétences subtiles du leader R&D et innovation de rupture


Depuis quelques mois, INNOE a mené plusieurs missions de recrutement pour des postes de Responsables et Directeurs de R&D, observant ainsi une concentration de demandes de ses clients (sans valeur statistique). C’est comme si ce besoin émergeait en ce moment de manière vitale pour certaines entreprises. Dans notre économie en transformation cela correspond à une prise de conscience des dirigeants de la nécessité d’intégrer des leaders nouveaux dans ces équipes de R&D.

Ce fait est soudain éclairé par le travail d’Hicham EZZAT (Thèse de Doctorat de Mines ParisTech nov. 2017) rapporté par Armand HATCHUEL, Professeur à l’Ecole des Mines ParisTech dans un récent article paru dans LE MONDE.

Hicham EZZAT combine en effet la théorie de la conception et la psychologie expérimentale et montre une fois de plus que c’est à la convergence des disciplines que l’on trouve l’innovation. Création, vision, innovation de rupture, tel est l’enjeu pour transformer le hasard, la « sérendipité » en une stimulation active de la Découverte.

C’est un devoir pour le chef d’entreprise et une compétence du Directeur R&D.

Hicham EZZAT distingue des zones dites de « fixation » cognitives qui ont tendance à reproduire l’existant et des zones « d’expansion » permettant à l’inverse de mobiliser des connaissances inhabituelles et des notions inédites. Ainsi un leader, le Directeur R&D, adapté à l’innovation de rupture doit connaître les espaces à explorer ; sa connaissance des zones de « fixation » ou « d’expansion », même limitée, permet de rendre possible la sortie de la zone de « fixation » et la capacité à accueillir les solutions en « expansion ».

Si le leader acquiert une bonne connaissance des 2 zones, son influence se traduit par une meilleure inventivité de son équipe. Un leader de R&D qui n’aurait aucune connaissance des espaces à explorer, serait à l’inverse contre-performant.

Un leader ayant les compétences de l’innovation de rupture maîtrise son sujet mais n’impose pas toutes les idées du projet. Il est même capable d’inviter son équipe à s’en éloigner, il peut alors paradoxalement « accepter l’inconnu et soutenir l’aventure », écrit Armand HATCHUEL, « il n’est ni un génie aveuglément suivi, ni un manager sans idée ».

La performance du leader de l’innovation de rupture est constituée d’une attitude fine, subtile, faite de naturel, de discernement et d’outils pour échapper aux solutions qui s’imposent trop facilement à tous, tout en soutenant les directions créatives qu’il a suscitées dans son équipe.

Et l’exemple est donné : si l’on cherche une solution pour jeter un œuf d’une hauteur de plus de 10 m sans le casser, dans une très large majorité des tentatives de réponse, c’est la solution du parachute qui est proposé !

En tant que N°1 de l’entreprise, quelle stratégie de rupture souhaiteriez-vous voir émerger sur cet exemple simple et surtout comment serait elle soutenue par le leader de l’équipe R&D ?

 

Rédigé par Paul-André FAURE